La «plus grande batterie du monde» est trop petite

Un gigantesque chantier en Argovie promet de lisser les variations du solaire. Mais face au gouffre saisonnier de la Suisse, les chiffres révèlent une tout autre réalité.

Un énorme trou, plus grand que 3 terrains de football et profond de 30 mètres, est en train d’être creusé en Argovie. Une batterie (selon le constructeur, la plus grande du monde) y sera installée afin de compenser, milliseconde par milliseconde, les variations du courant induites par les énergies renouvelables, notamment solaire. Coût? Plusieurs milliards de francs. Qui paie? Nous-mêmes, par le prix de l’électricité.

Il y a cependant d’autres trous à combler. Avec le solaire, il y a trop d’électricité à midi, mais pas assez le soir. Cela se reflète à la bourse de l’électricité, où le kilowattheure ne vaut presque rien à midi, mais coûte cher le soir, surtout lors des épisodes de canicule où la climatisation fait exploser la demande. Des batteries domestiques ou de quartier pourraient atténuer ce déséquilibre en stockant l’énergie excédentaire à midi pour la restituer en fin de journée. Pour refroidir une maison individuelle pendant 4 heures, une telle batterie devrait stocker environ 15 kWh. Cher, mais techniquement réalisable.

Le véritable défi, cependant, n’est pas journalier mais saisonnier. En été, la Suisse produit abondamment et exporte une partie de son électricité. En hiver, la situation s’inverse: de novembre à février, le pays fait face à un déficit structurel. Le solaire est quasi absent, l’hydroélectricité diminue, l’éolien reste marginal. Seul le nucléaire augmente sa production.

Résultat: chaque hiver, la Suisse doit importer plusieurs térawattheures, principalement de France — donc, là encore, d’origine nucléaire. Le trou hivernal augmentera au fil de la transition énergétique et atteindra 10 à 20 térawattheures en 2050.

Il y a des optimistes, tel le Parti vert’libéral dans son programme, qui espèrent combler le trou hivernal par le stockage. Hélas, les chiffres sont implacables. Par exemple, la «plus grande batterie du monde» stockera environ 2 gigawattheures, même pas un millième du trou hivernal. Les stations de pompage turbinage? Un centième. Conclusion: on ne se passera pas du nucléaire, suisse ou français.

auteur : Bernard Hirschel- professeur de médecine
source : https://www.tdg.ch/la-plus-grande-batterie-du-monde-est-trop-petite-156626462152