Relever l’âge de la retraite en Suisse? UDC et PLR face à un tabou

Les partis bourgeois s’opposent au plan d’Elisabeth Baume-Schneider sur la réforme de l’AVS. L’UDC, le PLR et Le Centre marchent toutefois sur des oeufs, tant le sujet est sensible.

Le scénario commence à être connu. Depuis 2019, le monde politique et le peuple ont déjà décidé à deux reprises d’injecter des milliards supplémentaires dans l’AVS. Les cotisations salariales et la TVA ont été relevées, tout comme la contribution de la Confédération. Voici maintenant venir le troisième acte: fin novembre, le corps électoral se prononcera sur une nouvelle hausse de la TVA. Les consommateurs devraient verser environ 1,5 milliard de francs supplémentaires par an afin que l’AVS puisse continuer à payer toutes les rentes. La 13ᵉ rente AVS, approuvée par le peuple en 2024, serait ainsi au moins partiellement financée.

Une réforme structurelle inévitable

Même si le peuple accepte cette hausse d’impôt, le financement de l’AVS ne serait pas garantie pour longtemps. Le Conseil fédéral a déjà présenté un projet de nouvelle réforme, baptisé «AVS 2030». La procédure de consultation qui vient de s’achever confirme qu’il n’existe, sur le fond, que deux possibilités: cotiser encore davantage – ou travailler plus longtemps. Autrement dit: relever l’âge de la retraite.

Jusqu’à présent, la Suisse a réagi au vieillissement démographique presque exclusivement en injectant de l’argent et en augmentant les prélèvements. La seule réforme structurelle a consisté à relever l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. Sur le plan financier, son effet reste toutefois inférieur à celui des diverses recettes supplémentaires.

La ministre de l’Intérieur Elisabeth Baume-Schneider veut poursuivre sur cette voie et mettre une nouvelle fois davantage la population à contribution avec «AVS 2030». Que la socialiste refuse un relèvement général de l’âge de la retraite à 66 ou 67 ans n’a rien de surprenant. Ce qui étonne davantage, c’est qu’elle soit parvenue à convaincre ses collègues du Conseil fédéral, majoritairement bourgeois, de soutenir cette position.

Le tabou de l’âge de la retraite

Lors de la procédure de consultation, un large front de résistance s’est formé dans le camp bourgeois. L’UDC, le PLR, le Centre et les organisations économiques ont critiqué le fait que le projet du Conseil fédéral repose presque exclusivement sur des recettes supplémentaires. Mais aussi claire que soit cette critique, les partis se montrent extrêmement prudents lorsqu’il s’agit d’aborder une question plus délicate: qui osera réclamer explicitement un relèvement de l’âge de la retraite plutôt que de nouvelles recettes?

A propos de l’AVS

Même le PLR, qui s’est positionné le plus clairement sur cette question, a rédigé sa prise de position avec une discrétion remarquable. La question de l’âge de la retraite y apparaît à deux reprises – mais, dans les deux cas, le parti ne demande pas un relèvement, seulement une «adaptation», qui devrait en outre rester «modérée».

La volonté exacte du PLR reste donc floue. Le contexte laisse penser qu’il s’agirait d’une hausse. Le parti renonce cependant à réclamer explicitement un relèvement de l’âge de la retraite, et plus encore à fixer une nouvelle limite d’âge.

L’UDC se montre créative

L’UDC et le Centre avancent eux aussi à pas de velours sur ce sujet impopulaire. L’UDC mentionne certes que des pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas ont relevé l’âge de la retraite ou l’ont lié à l’espérance de vie, mais elle ne demande pas à la Suisse de suivre leur exemple. Elle se contente d’affirmer qu’il ne faut pas «se fermer à ces pistes de solution». En lisant attentivement la longue prise de position de l’UDC, on trouve malgré tout une indication relativement claire:

«Il conviendrait d’élaborer un allongement de la vie active fondé sur un modèle d’années de cotisation»

Dans un tel système, les personnes qui commencent à travailler jeunes pourraient partir à la retraite plus tôt que les diplômés universitaires dont la vie professionnelle ne débute qu’à 30 ans. Ces approches paraissent séduisantes, mais elles sont considérées comme extrêmement complexes sur le plan technique. Il faudrait notamment définir ce qui constitue exactement une année de travail.

L’UDC demande à la Confédération de montrer à quoi pourrait ressembler un tel système si l’âge ordinaire de la retraite était fixé quelque part entre 65,5 et 67 ans. Le parti ne précise toutefois pas s’il soutiendrait réellement un tel modèle.

Le Centre suit l’UDC

Le Centre se montre tout aussi indécis. Il est certes fermement convaincu que les couples mariés devraient percevoir des rentes plus élevées, ce qui creuserait encore les déficits de l’AVS mais, lorsqu’il est question de financement, le parti adopte une position semblable à celle de l’UDC:

«Il faudrait au moins examiner concrètement un modèle fondé sur la durée de la vie active»

Selon Le Centre, le Conseil fédéral devrait soumettre une variante prévoyant une «adaptation modérée» de l’âge de la retraite, «au moins comme option possible à mettre en discussion». Autrement dit: tous sont peut-être disposés à discuter, mais personne ne veut faire le premier pas. Les organisations économiques se montrent plus offensives. Elles réclament explicitement un relèvement de l’âge de la retraite et affirment qu’elles le soutiendraient.

La 13e rente dans toutes les mémoires

Du côté des partis, la votation de mars 2024 reste dans toutes les mémoires. Le peuple avait alors largement approuvé la 13e rente AVS et rejeté massivement l’«initiative sur les rentes» des Jeunes Libéraux-Radicaux. Celle-ci prévoyait un relèvement automatique de l’âge de la retraite parallèlement à l’augmentation de l’espérance de vie. Elle avait été refusée par 75% des votants. D’ici à ce que quelqu’un ose lancer une nouvelle tentative pour relever l’âge de la retraite, quelques milliards supplémentaires auront probablement encore été injectés dans l’AVS.

(Traduit et adapté de l’allemand par Bastien Trottet)

source : https://www.watson.ch/fr/suisse/economie/717050603-retraite-ce-tabou-empeche-la-droite-suisse-de-devoiler-son-plan
crédit image : Adobe Stock