Les dépenses liées aux retraites explosent et représentent déjà 20% du budget fédéral. D’ici à 2050, on comptera 46 personnes de plus de 65 ans pour 100 travailleurs, contre 32 aujourd’hui.
En bref:
- Les coûts assumés par la société pour ses membres âgés ne cessent d’augmenter.
- L’AVS est le principal poste de dépense de la Confédération.
- En 2000, le nombre de personnes de plus de 65 ans pour 100 actifs s’élevait à 25. Aujourd’hui, il est de 32 et devrait atteindre 46 en 2050, puis près de 50 en 2070.
En Suisse, les retraités n’ont jamais été aussi riches et ils n’ont jamais vécu aussi longtemps en bonne santé. Ils ont travaillé dur pour profiter de leur retraite, et le pays doit sa prospérité actuelle à leur éthique de travail et à leur capacité d’innovation. Mais qu’en sera-t-il à l’avenir?
Les générations plus âgées risquent en effet de laisser des finances publiques dans un état désastreux. Les coûts assumés par la société pour ses membres âgés ne cessent d’augmenter. La question des responsabilités n’est pas facile à trancher: vivre longtemps et appartenir à une génération nombreuse n’est pas une faute. Mais les aînés d’aujourd’hui ont contribué de manière déterminante à des choix politiques qui ont aggravé le problème.
Un regard sur les dépenses de la Confédération illustre la pression croissante sur les finances: le poste le plus important est celui de l’AVS. Il comprend la contribution de la Confédération fixée par la loi, la part de TVA qui lui est attribuée et les recettes de l’impôt sur les maisons de jeu. Cette année, ce poste s’élève à un peu plus de 17 milliards de francs, sachant que la 13e rente sera versée pour la première fois à la fin de l’année.
Coûts liés au vieillissement de la population
Les subsides pour les primes d’assurance maladie, qui augmentent fortement en grande partie à cause du vieillissement de la population, s’élèvent à 4 milliards et constituent le huitième poste de dépenses le plus important. Les prestations complémentaires destinées aux retraités dont la rente ne suffit pas pour vivre coûtent 2 milliards.
Ainsi, l’évolution démographique est le principal facteur de coûts pour la Confédération, mais aussi pour les cantons, les communes et les assurances sociales.
Cette évolution démographique relègue au second plan d’autres tâches de l’État. Certes, les recettes de la Confédération augmentent de manière stable depuis des années. Mais comme les dépenses progressent encore plus rapidement, la ministre des Finances, Karin Keller-Sutter (PLR/SG), tente depuis deux ans de faire des économies afin de respecter le frein à l’endettement. Les économies risquent toutefois d’être bien plus modestes que prévu – si elles passent le cap des négociations politiques.
L’armée se retrouve ainsi sans marge de manœuvre, alors même qu’une majorité parlementaire souhaite lui accorder des moyens supplémentaires malgré la pression budgétaire. C’est pourquoi le ministre de la Défense, Martin Pfister (Le Centre/ZG), veut augmenter temporairement la TVA de 0,8% afin de dégager 31 milliards de francs.
À première vue, cette hausse de la TVA semble destinée à l’armée, l’essentiel des recettes devant alimenter un fonds d’armement. En réalité, ces moyens supplémentaires ne feraient que compenser une partie des économies réalisées sur le budget militaire il y a plusieurs années, lorsque ces fonds avaient été redirigés vers le financement du vieillissement de la population.
En 1990, la part du budget fédéral consacrée à l’armée s’élevait à 18%, dépassant ainsi les dépenses cumulées pour l’AVS, les prestations complémentaires et les subsides aux primes d’assurance maladie. Aujourd’hui, ces prestations représentent un peu plus de 25% des dépenses de la Confédération, soit une part trois fois et demie supérieure à celle de l’armée.
Les dépenses militaires constituent un cas particulier, car elles ont été fortement réduites après la fin de la guerre froide. En effet, de nombreux pays ont diminué leurs budgets militaires et réorienté ces ressources vers des domaines civils.
Ce n’est que depuis une dizaine d’années que les dépenses pour la défense nationale augmentent à nouveau. Depuis le tournant provoqué par l’invasion de l’ Ukraine par la Russie, l’objectif est d’y consacrer à long terme nettement plus de 1% du produit intérieur brut.
Pourquoi la démographie est défavorable
En Suisse, ces ajustements sont relativement faciles à mettre en œuvre sur le plan politique, car le budget de l’armée fait partie des dépenses dites non liées. Aucune disposition légale ni aucun mécanisme automatique ne fixe l’évolution de ce poste de dépense. C’est le parlement qui le décide chaque année lors des débats sur le budget.
Le financement par l’État d’une retraite confortable, en revanche, relève de dépenses liées, et donc difficile à modifier. L’adaptation des rentes AVS à l’évolution générale des salaires et à l’inflation, la participation de la Confédération aux primes d’assurance maladie et les prestations complémentaires sont inscrites dans la loi. Lorsqu’un changement intervient, il se traduit le plus souvent par une hausse des dépenses. L’exemple le plus connu est la 13e rente AVS, acceptée par le peuple il y a deux ans, qui coûtera à moyen terme 5 milliards de francs par an.
Il est encore plus difficile d’influencer le principal moteur de la hausse des dépenses, à savoir la démographie. En 2000, le rapport de dépendance des personnes âgées – soit le nombre de personnes de plus de 65 ans pour 100 actifs – s’élevait à 25. Aujourd’hui, il atteint 32. Selon l’Office fédéral de la statistique, il grimpera à environ 46 en 2050, puis à près de 50 en 2070. Le vieillissement de la société, et donc la charge financière croissante pour les actifs, est loin d’être terminé.
Les principales raisons sont la taille de la génération du baby-boom, l’augmentation de l’espérance de vie et la baisse continue du taux de natalité. Cette évolution est en partie compensée par l’immigration de nombreux jeunes actifs bien rémunérés, qui cotisent à l’AVS. D’un point de vue démographique, la Suisse s’en sort donc plutôt bien en comparaison européenne.
Malgré cela, cette évolution met l’AVS et ses différentes sources de financement sous forte pression. Lors de réformes de l’AVS très controversées, les autorités ne sont jusqu’ici parvenues qu’à combler des déficits à court terme. Elles ont relevé l’âge de la retraite des femmes à 65 ans pour l’aligner sur celui des hommes, augmenté la cotisation salariale à 8,7% et porté la TVA à son taux normal actuel de 8,1%.
Relèvement de l’âge de la retraite
Si la Confédération est si fortement mise à contribution, c’est parce qu’elle finance depuis toujours une partie de l’AVS. Actuellement, cette part est fixée à un cinquième des dépenses. Plus le nombre de retraités augmente, plus cette obligation pèse sur les finances de l’État. Dès lors, la question de la pérennité de ce pilier social revient donc régulièrement sur la table politique à Berne.
La solution la plus évidente à ce problème serait d’augmenter l’âge de la retraite, comme l’ont fait plusieurs pays européens ces dernières années. Pourtant, il y a deux ans, les citoyens ont clairement rejeté une initiative en ce sens proposée par les Jeunes libéraux-radicaux. Les retraités ont voté non aussi massivement que les jeunes générations, alors qu’ils n’auraient pas été concernés par la mesure. En revanche, ils ont accepté la 13e rente AVS plus nettement que les autres classes d’âge.
Depuis, un relèvement de l’âge de la retraite est considéré comme presque inenvisageable. L’idée d’un mécanisme automatique liant l’âge de la retraite à l’évolution de l’espérance de vie aurait encore moins de chances d’aboutir. Pourtant, seule une telle mesure permettrait de régler durablement la question, sans devoir engager régulièrement de nouvelles réformes.
Le Conseil fédéral veut réformer l’AVS en douceur
L’alternative consiste à procéder par petites réformes lorsque l’AVS aura à nouveau besoin de moyens supplémentaires. En novembre, le Conseil fédéral a opté pour cette voie sur proposition d’ Elisabeth Baume-Schneider (PS/JU). Cette dernière n’a pas abordé la question d’un relèvement de l’âge de la retraite. Avec la réforme actuelle, le Conseil fédéral entend au moins créer les bases techniques permettant de flexibiliser l’âge de la retraite. Concrètement, les salariés exerçant des métiers pénibles pourraient partir plus tôt à la retraite que les employés de bureau.
Dans un premier temps, le Conseil fédéral mise surtout sur des incitations à travailler volontairement au-delà de 65 ans. Les personnes qui choisissent cette option continuent de cotiser à l’AVS sans percevoir leur rente, ce qui leur permet de toucher une rente plus élevée par la suite.
Si l’on en croit les chiffres officiels, il n’y a pas d’urgence immédiate. L’été dernier, l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) a en effet publié des chiffres étonnamment positifs. Selon le scénario moyen, le premier pilier afficherait un bilan positif sans la 13e rente.
Toutefois, l’OFAS a également publié un scénario bas, plus pessimiste. Plusieurs spécialistes estiment qu’il est nettement plus réaliste que le scénario moyen, qui se base sur des taux de natalité et d’immigration élevés. L’immigration contribuerait toutefois moins au financement des assurances sociales si la population acceptait l’initiative de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions!», sur laquelle elle se prononcera au mois de juin.
Quel que soit l’état de l’AVS, les coûts de la santé continuent d’augmenter, tout comme les dépenses pour les prestations complémentaires. La question de leur financement reste ouverte.
Dans le cas de la 13e rente AVS, le parlement semble privilégier un financement par une nouvelle hausse de la TVA et, éventuellement, par une augmentation des cotisations salariales. Si les blocages politiques persistent, il ne restera guère d’autre solution que d’augmenter les impôts. La Suisse renoncerait alors à l’un des principaux piliers de sa réussite économique.
source : https://www.24heures.ch/avs-le-vieillissement-met-les-finances-de-la-suisse-sous-pression-180638527745
auteur : Konrad Staehelin
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