La participation de la Suisse à Erasmus+ est compromise

Prévu pour 2027, le retour de Berne dans ce programme européen d’échange d’étudiants ne tient plus qu’à un fil. Bataille stratégique en vue au parlement.

 

En bref:

  • La Suisse espère réintégrer Erasmus+ en 2027, après plus de dix ans d’exclusion.
  • Le parlement manque toutefois de temps pour traiter le dossier qui fait partie des Bilatérales III.
  • Faut-il séparer Erasmus+ du reste du paquet? L’idée est avancée mais soulève des réticences.

Sur le site de Movetia (agence nationale pour la mobilité des étudiants), le retour d’Erasmus+ est annoncé pour 2027. On peut y lire que cela «permettra à la Suisse d’avoir accès à toutes les offres de soutien et à tous les réseaux du programme éducatif de l’UE». Ce timing, 2027, est aussi évoqué par le Conseil fédéral. Or il est déjà compromis.

Erasmus? Ceux qui ont fait des études supérieures ou vu «L’auberge espagnole» savent de quoi on parle. Ce programme de l’Union européenne (le «+» signifie qu’il a été élargi) permet aux étudiants, apprentis ou jeunes de partir étudier, se former ou faire un stage à l’étranger.

Un projet dont les Suisses sont exclus depuis 2014 (depuis le oui à l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse») et que Berne aimerait réintégrer. L’arrêté fédéral sur le financement de la participation suisse à Erasmus+ fait ainsi partie du paquet d’accords négocié avec Bruxelles, que le Conseil fédéral a transmis au parlement. Un très gros paquet. C’est bien là tout le problème.

Un coût supplémentaire de 142 millions

Pour intégrer Erasmus+ en 2027, il faudrait que le parlement boucle ses travaux d’ici à la session d’automne. Impossible, compte tenu de la densité de matière. La seule option est donc de sortir le traitement du financement d’Erasmus+ (environ 190 millions, dont 142 supplémentaires par rapport à la situation actuelle) du reste des Bilatérales III. Cette exception ne serait pas une première. La Suisse l’a fait pour Horizon: elle a ainsi été admise à ce programme de recherche de l’UE rétroactivement depuis 2025.

L’idée de sortir Erasmus+ fait chemin. Selon nos informations, une proposition est sur la table de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC). Mais Matthias Michel (PLR/ZG), son président, reste prudent. «Erasmus+ est un dossier important. La preuve, c’est que notre commission a commencé par ce thème lors du premier jour des auditions et discussions sur le dossier européen, explique-t-il. Pour les partisans d’Erasmus+, l’enjeu est de savoir si le débat parlementaire sera plus simple ou plus complexe en cas d’un traitement séparé du projet. La commission n’a pas encore pris de décision.» La prochaine séance est prévue le 4 mai.

Un risque pour la recherche et Horizon?

Si le suspense est total, c’est que cette idée ne fait pas que des heureux. Pour trois raisons.

La première est stratégique: l’échange d’étudiants mérite-t-il un traitement à part ou faut-il garder une vision globale du dossier? Car en termes d’enjeux, on n’est pas au niveau d’Horizon.

La deuxième réticence est calendaire: 2027 est la dernière année du programme septennal. Une entrée provisoire vaut-elle la peine, sachant que le programme 2028-2034 arrive? Sachant aussi que les étudiants suisses ne restent pas les mains vides, puisque depuis 2014 Berne a développé sa propre alternative.

La dernière raison est financière. Sortir Erasmus+ du paquet signifie devoir trouver une solution de financement. Le risque? Que l’on puise dans les budgets dévolus au domaine de la formation, de la recherche et de l’innovation. Il faut dire que la Commission des finances propose carrément à la CSEC de ne pas entrer en matière sur cet arrêté, remettant en question «l’efficacité et l’utilité» d’Erasmus+.

Membre de la CSEC, Isabelle Chassot (Centre/FR) soutient l’intégration de la Suisse au programme Erasmus+ mais hésite sur un retour en 2027. «Il y a une condition sine qua non pour que j’accepte cette entrée anticipée. Il ne doit pas y avoir, dans le budget 2027 de la Confédération, de coupes supplémentaires dans les domaines qui touchent les hautes écoles, la formation professionnelle et la recherche pour compenser les 142 millions nécessaires pour financer cette intégration provisoire.» Et de rappeler que ces domaines ont déjà payé un lourd tribut lors du programme d’allègement de la Confédération.

Les réticences exprimées par certains de ses collègues, Fabien Fivaz (Verts/NE) ne les comprend pas. «Les craintes liées à l’argent sont infondées, car les montants sont déjà prévus dans les plans financiers.» À ceux qui estiment qu’il ne sert à rien de faire le forcing pour une entrée dans Erasmus en dernière année de programme, il rétorque que c’est précisément ce qu’on a fait pour Horizon. «L’objectif est de mettre un pied dans la porte pour assurer le retour de notre espace de formation et de nos activités de jeunesse dans le giron européen.»

Que la date de 2027 ait été présentée comme un acquis fâche aussi Fabien Fivaz: «Les différents acteurs, dont Movetia, se sont préparés. Si on rate le coche, on nous a bien fait comprendre qu’il faudrait attendre deux ans.» Selon lui, Berne pourrait même s’en mordre les doigts. «L’UE fait un lien politique entre Erasmus et Horizon. Si la Suisse rechigne à rejoindre le premier parce qu’elle le considère trop cher, l’UE pourrait limiter notre association au second, mettant en danger la recherche en Suisse.»

La réponse des services de Parmelin sur Erasmus

Du côté du Département de l’économie, de la formation et de la recherche, dirigé par Guy Parmelin, estime-t-on encore réaliste une association pour 2027? «Une décision de financement en temps utile est possible», répond le DEFR, qui renvoie la patate chaude au parlement, en rappelant que c’est lui qui aura le dernier mot.

Le DEFR précise que différents scénarios sont à l’étude, si aucune décision de financement ne devait être prise d’ici à l’automne. «Le scénario d’une association de la Suisse au programme Erasmus+ à partir de 2027 reste l’option privilégiée et reste envisageable, même si la décision est prise lors de la session d’hiver 2026.» Mais il n’exclut pas non plus une entrée après 2027.

Enfin, concernant les conséquences d’un tel retard sur le programme sur Horizon, le DEFR ne commente pas d’éventuel lien politique. «L’association à Erasmus+ ainsi qu’aux programmes de recherche (ndlr: comme Horizon) fait partie de l’accord sur les programmes de l’UE que Berne a négocié dans le cadre du paquet Suisse-UE.» Et de conclure: «D’un point de vue juridique, il n’existe cependant aucun lien entre les différentes participations aux programmes.»

source : https://www.24heures.ch/erasmus-le-retour-de-la-suisse-en-2027-ne-tient-qua-un-fil-926058328121
auteur : Florent Quiquerez
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